
Fondateur de la Coopération Française sur Second Life, qui vient de fêter ses 4000 membres, et présent sur cette plateforme depuis 14 mois, je me trouve finalement tout aussi légitime pour écrire sur cette plateforme que ceux qui depuis quelques jours s'évertuent à dire beaucoup de contre vérités sur Second Life, son éventuel échec constaté ou son éventuelle solidité éternelle.
La vérité est malheureusement grise. Un beau gris de type Pantone 4C.
Bien évidemment, et comme toujours lorsqu'il s'agit de parler de Second Life, certains journalistes ont fait preuve d'une incompétence remarquable sur le sujet, rédigeant paresseusement des articles remplis d'inexactitudes, d'incohérences, d'approximations, et de fantasmes mal dissimulés. Mais ça on en avait un peu l'habitude.
J'ai parcontre été un peu surpris de la levée de boucliers de la blogosphère second lifienne, dont certains auraient pu laisser croire qu'à l'inverse Second Life vivait là son apogée et que tout s'y déroulait merveilleusement bien, notamment dans la communauté Française.
Tout ne se passe pas merveilleusement bien sur SL. Et s'il est vrai que nous n'avons pas constaté du jour ou lendemain "l'échec" de la plateforme, un ralentissement global des créativités et des projets dignes d'intérêt se laisse constater chez les frenchies.
Bien sûr l'ensemble de cet article relève d'une observation personnelle, et les défis que je mentionne sont à relever avant tout par moi-même. J'ai personnellement et surement collaboré à la sclérose que je mentionne plus haut.
Avant tout, répondons à cette question : qu'est-ce que communauté française ? J'appelle communauté française l'ensemble des prescripteurs francophones du jeu (propriétaires de sim, commercants notoires, patrons d'endroits à trafic, blogueurs, columnistes de forums, journalistes SL, avatars notoires et enfin professionnels de Second Life - agences, freelances, boites de com) qui drainent autour d'eux une micro communauté. L'ensemble de ces noyaux de groupes forme un plus gros groupe, qui n'a jamais été physiquement réuni et qui s'appelle la communauté française.
A quelques exceptions près (des nouveaux proprios de sims que je ne connais pas), j'entretiens des relations amicales avec chacune de ces personnes. Je connais leur difficulté au quotidien pour faire tourner leur baraque, ou alors remplir leur mission, qu'elle soit orientée sur le profit ou non. Bénévoles ou professionnels, je ne connais parmi eux que des gens plutôt honnêtes ,de bonne volonté, tous désireux de faire de Second life quelque chose de
grand.
Voici donc à mon humble avis les 5 défis que se doit de remporter la communauté française pour franchir cette période de ralentissement et faire de cette univers la plateforme telle que nous l'avons idéalisée et rêvée au quotidien.
1. Cesser la complaisance.
Il y a quelque chose d'encore plus rare que l'absence de bugs dans Second Life : la critique. La force critique. Au contraire même, l'univers rédactionnel, pourtant clairsemé, de Second Life, me parait trés complaisant.
Que cela soit dans les blogs, ou encore dans
SL Observer, le premier organe de presse du SL francophone, fondé par Wolkam Winger, qui m'a de nombreuses fois prouvé son amitié et sa passion pour la communauté francophone, les évènements sur SL sont toujours féériques, fantastiques, sublimes. Toutes les sims sont réussies, fascinantes, dépaysantes. Toutes les fleurettes resplendissent et étincellent. Tous les artistes nous révèlent leur univers fantastique, pour un voyage inoubliable.
Il y a plusieurs raisons que j'attribue à cette complaisance généralisée, ou à ce tabou de la critique :
1 - la fragilité d'une communauté naissante. Il est évident qu'au vu du nombre de détracteurs de Second Life, et de la relative jeunesse de cette plateforme, mieux vaut mettre en avant le positif, ce qui se fait , se construit, et valoriser la créativité plutôt que de détruire. Cela se comprend.
2 - le pacte de non agression. Toujours au vu de la fragilité de notre communauté, la promesse d'une guerre intersims ou intergroupe vrombit magnétiquement au dessus des têtes. Critiquer l'autre, c'est tracer au sol une ligne de front. Comme la plupart des lecteurs et commentateurs des blogs sont aussi des blogueurs, ou comme l'ensemble des critiques de sims ou projets commerciaux sont également des personnes impliquées dans des projets RL->SL, l'entente cordiale est de mise. Cela a donné lieu, lorsque la vapeur était trop forte, à quelques joutes au travers de commentaires incendiaires, écrits par de faux pseudos. Le faux pseudo est sport national dans la communauté fr. Là aussi, je dois tirer mon chapeau à Wolkam Winger sur
SLObserver, qui aurait pu de nombreuses fois révéler la source commune par adresse IP de nombreux commentaires négatifs, mais qui ne l'a jamais fait. Il aurait été facile pourtant de confondre les trolls.
L'exercice du forum, notamment le
forum Jeux Online, a lassé plus de place aux posts critiques, même si ces derniers pouvaient être parfois tumultueux. J'ai trouvé par exemple le débat sur le
concours de design du jardin des halles, auquel j'ai pourtant collaboré en soutien media, trés constructif. La communauté s'est posé de bonnes questions et a évoqué toutes les réponses.
De même, la légitime défiance vis à vis des medias (conf
Delarue) a toujours été bien organisée et assez correctement relayée. Ce qui est un point positif.
Il est essentiel de voir naitre un vrai discours critique sur ce qui se fait dans l'univers francophone de Second Life. Une sim, un projet, un centre, une coopération française, une arrivée de marque, un concours, ne sont pas systématiquement parfaits - en applaudissant aveuglément toute nouvelle entrée, nous nous décrédibilisons sérieusement, et mettons en doute notre expertise, notre avis, notre franchise, pour les prochains projets à venir. La communauté française doit arriver à maturité et se regarder dans les yeux, relever ses défauts, se mettre en danger. Sans critique, pas de progrés, pas de remise en question, pas de dépassement de soi.
J'encourage la diversité des medias, sites d'explorations et perspectives, si possible le plus détaché possible de tout intéret ou relationnel 'stratégique' dans SL : un critique ne doit pas avoir d'amis, ni de sponsors.
2. Renoncer à la facilité.
C'est la corollaire au point 1. Ce point s'adresse notamment aux buildeurs et agences de SL. A force de se faire applaudir systématiquement, et se faire payer par l'annonceur précédent, on peut être tenté de se dire que la recette marche, et que la création d'une sim, deux bâtiments, une borne interactive et un communiqué dans les blogs fait l'affaire.
En choisissant cette facilité, nous scions la branche sur laquelle nous reposons. C'est le chemin assuré vers une banqueroute totale du paysage simesque français.
Quelle sim francophone récente nous a fait faire réçemment "Wouaou" ?
Chefs de projets, chefs de builds, obligez vous à la perfection, à la recherche constante, passez votre vie dans les sandbox, repérez les talents, forcez vous à faire dans chaque projet quelque chose qui n'a jamais été fait avant dans SL, faites avancer l'outil Second Life en même temps que votre carrière.
La frénésie professionelle de Second Life que nos connaissons actuellement me fait penser à celle des sites web il y a 8 ans. Toutes les boites de province voulaient leur site web. Les 3/4 des agences leur devisaient une fortune 5 petites pages web pourries. Le client s'y connectait tout content les premiers jours, prévenait ses fournisseurs et propres clients, puis se demandait, au bout de quelques semaines, s'il ne s'était pas fait baiser quelque part.
Ne baisez pas vos clients.
3. Jouir.
C'était le mot d'ordre général à mon arrivée sur SL. Le plaisir était le mot d'ordre. C'est une formidable motivation pour réussir à dépasser les contraintes techniques les plus rigoureuses, et créer des endroits originaux.
Même si je suis un piètre builder, le métro, ou le canon à noobs créé par kellsey, ou le kebabs, ont été faites juste pour le fun, pour se marrer, et finalement ont le mérite d'exister. Si Yadni Monde est devenu le grand builder qu'il est aujourd'hui, c'est parce qu'il a commencé à builder des bêtises, comme ça, gratuitement, pour le plaisir. Ses créations sont omniprésentes dans SL.
Piètre builder, assez paresseux, pas trés diplomate, je n'ai que des défauts sur sl, une seule qualité : le sens du groupe et de la communauté. Je sais que la coopé ne serait pas devenu le groupe qu'elle est aujourd'hui si tout cela n'était pas motivé par le plaisir ou la déconnade. Je suis parti plusieurs fois de Second Life pour de courtes périodes dès que j'ai senti mes connexions régies par l'obligation : métro, boulot, modo.
J'ai déjà écrit un post récemment à ce sujet, donc je ne m'étendrai pas la dessus : le plaisir est-il toujours votre motivation ? Vous amusez-vous toujours autant ? Faites-vous tout votre possible pour que cela soit le cas ?
4. Connaitre son territoire.
Nous avons la chance de disposer, notamment par la revue de presse hebdo du Slobserver, d'une veille professionnelle trés pointue du monde francophone de Second Life. Il ne faut pas lacher des yeux, même si cela devient de plus en plus dur à suivre, l'étendue du monde francophone.
En ce sens le SLO ou les forums, ainsi que les blogs d'exploration font des merveilles. A la coopération française, nous sommes dépassés, passant l'ensemble de notre temps à faire le tri entre les endroits commerciaux ou non. De notre côté nous devons complètement changer la politique de répertoire des sites francophones, en multipliant par 10 notre débit d'affichage. C'est notamment ce qui a motivé mon idée du SimRecensement: un recensement annuel, organisé gratuitement par la coopération française, des sims francophones de Second Life, qu'eles soient commerciales ou non.
Connaitre son territoire, c'est développer sa capacité critique, une fois de plus. C'est ne pas se cloisonner à sa communauté native, son camp de base, que cela soit la coopé, le terra café, ou Gaia. C'est voir que les francophones doués, il y en a des tonnes, à qui tendre la main. Des projets notamment enracinés dans la RL, à fort potentiel , qui mériteraient peut être plus d'exposition que les photos de la copine ou le mall du copain.
J'ai la fierté de dire que la Coopération Française a été le premier, et longtemps le seul endroit francophone à parler des autres sims francophones, quelque soit le proprio de sim. Tous les projets bénévoles sont affichés gratuitement, et aucune sim, même les sims keruniennes, qui héberge pourtant la coopé depuis longtemps, n'y sont favorisées. Connaître son territoire, c'est s'y repérer, relativiser son importance, faire acte de modestie, et obtenir sa réputation pas uniquement du buzz, mais par les coups de mains que l'on peut apporter. En ce sens, par des actes discrets mais réguliers, je peux dire par exemple qu'un Nibb Tardis, un Kerunix Flan ou un Wolkam Winger, nous ayant soutenu sans aucun retour ni bénéfice, ni notoriété, depuis ses débuts, sont de vrais membres bienfaiteurs de la Coopération Française.
5. Connaitre son ennemi.
Notre ennemi, à ce stade de l'évolution du Second Life Francophone, reste la dissonance entre ce qu'est réellement Second Life aujourd'hui, et ce qu'on veut bien en laisser croire.
Ce point 5 est la conclusion des 4 premiers points.
Nous sommes tous collaborateurs, à notre manière, de la spéculation et du retour de spéculation autour de Second Life. Les journalistes, en se nourrissant de phénomènes isolés ,marginaux, sensationnels, pour en faire une généralité.
Nous, en entretenant une autosatisfaction permanente sur cete plateforme, distribuant des bons points à un univers encore amateur, et encore générateur de beaucoup d'ennui, qui n'en est qu'en phase d'adolescence.
L'ennemi, c'est le reportage télévision qui fera 3 minutes sur la prostitution dans SL. Mais c'est aussi un "journaliste SL" vantant les merveilles d'un rocher sur lequel sont posées trois croutes infâmes.
L'ennemi, c'est la langue de bois généralisée, et finalement une politesse distante de projets à projets, cohabitant piteusement, se respectant mutuellement dans leur imperfection. Nous ne devons pas tiquer, lorsque nous faisons visiter second life à un ami, lorsqu'il nous dit que c'est moche. Oui, c'est encore moche. Il n'y a pas grand chose à faire et c'est mal expliqué. Oui, en langue française il n'y a vraiment pas beaucoup de choses à faire, et c'est mal expliqué. Les espaces d'entreprises dont d'un ennui consternant. Ben oui, c'est parfois un peu ennuyeux, oui.
C'est en acceptant et en communiquant sur nos défis, nos difficultés, nos imperfections, pourquoi pas nos conflits, que d'une part, par le biais du dialogue, une communauté digne de ce nom pourra voir le jour, et d'autre part, la communauté française pourrait quitter le stade de suiveur pour développer, parallèlement à un vrai esprit critique, une qualité et une excellence au sein de Second Life. Une excellence qui d'ici quelques années pourrait peut-être avoir plus d'importance que quiconque ne pourrait l'imaginer.
Mackenzie McArdle
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